Cent cinquante ans de catastrophes maritimes

Publié le par Le Bateau Immobile

HMS Megaera (1849)-copie-1

 

 

Dans des régions aussi excentrées et aussi dangereuses que les Terres Australes, il n’est pas étonnant que bien des catastrophes maritimes s'y soient produites, laissant sans secours bien des hommes ou des femmes, sans parfois le moindre espoir. La position de carrefour de la zone (en particulier sur la route Angleterre-Australie, mais aussi dans le sens Nord-Sud Réunion Maurice – Kerguelen) et l’attirance qu’elles exerçaient – pour des raisons scientifiques ou commerciales – ont contribué à fortement augmenté le trafic au 19ième siècle. C'est l'origine de bien des disparitions. 


IL est vrai que l’époque s’y prête bien : la convergence de moyens financiers accrus, de progrès techniques et d’une volonté d’entreprendre contribuent à propulser l’activité maritime. La Compagnie Générale Transatlantique (par le biais de fusions ou d’acquisitions, cette société vit encore aujourd’hui sous le nom de CMA-CGM, propriétaire du Marion-Dufresne) voit le jour entre Paris, le Havre et Bordeaux en 1855, suivie de peu par les Chargeurs Réunis. Delmas-Vieljeux existait déjà. Les progrès techniques sont majeurs après 1850 : coques en acier, moteurs à la vapeur, en plus ou en remplacement des voiles, permettent de croire que le monde n’a plus de limites. Les communications embarquées ont-elles aussi beaucoup progressé, avec le télégraphe en particulier. De la même façon, les relevés des fonds et des côtes sont en nette progression, avant tout grâce aux baleiniers américains qui viennent régulièrement écumer toute la zone comprise entre Sainte Hélène et les 60èmes, et ce jusqu’à Amsterdam voire au-delà.


Mais les conditions météo pour leur part ne changent pas. A peine passé le cap de Bonne Espérance, commençait la zone de tous les dangers pour les marins. La force des courants et des vents avaient encore de quoi désorienter et jeter sur les bouts de cailloux de l’Océan Austral tous les navires du monde.  Même si des erreurs comme celle de Gonneville qui se croyant aux Kerguelen était en fait au Brésil ne se produisent plus, les drames ne manquent pas : abandons plus ou moins volontaires de phoquiers (tel celui des « oubliés de Saint Paul » au début du 20ième), naufrages, disparitions d’hivernants, la liste est longue et ponctue l’histoire d’Amsterdam d’un long chapelet noir.


Certaines catastrophes maritimes sont plus marquantes que d’autres, parce qu’elles sont symboliques d’un orgueil ou d’un aveuglement coupable :


-          Le Lady Munro, navire en bois, parti de Madras via Maurice et pris dans une tempête le jetant sur les récifs d’Amsterdam. 97 passagers et hommes d’équipage, 22 survivants

 

-          Le Megaera, l’un des premiers navires en acier de la Royal Navy, mais tellement mal conçu qu’il fut dès son lancement affecté à des tâches de transports de troupes. En route vers l’Australie, il fait naufrage devant Saint Paul après qu’une voie d’eau s’est déclarée au cours d’une tempête. Les survivants sont secourus par divers navires déroutés

 

-           Le Meridian, 108 personnes à bord, naufrage à Amsterdam, trois morts, les autres posent le pied à terre et sont ensuite secourus et emmenés à Maurice. Le Meridian est porteur d’une légende : des hommes seraient descendus à terre cacher quelque part un trésor fabuleux quelques heures avant le naufrage. Les hommes du baleinier Tuscany, eux aussi descendus à terre quelques années plus tard chercher ce trésor furent précipités sur les rochers quelques jours plus tard

 

 

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 Les armements français ont eux aussi payé un lourd tribut aux deux îles : le Vellore, qui fit naufrage en 1863 et dont on peut encore voir le mât enchâssé dans les récifs en contrebas du Plateau de la Découverte (nord ouest de l’île d’Amsterdam), le Fernand, empalé  sur les hauts fonds d’Entrecasteaux au 1876, le Cosmopolite, en pleine campagne à la baleine, qui voit une de ses barques harponner une baleine puis être précipitée par l’animal sur les cailloux de la Pearl ... Les tempêtes ne se soucient de savoir qui est à bord ou de la nationalité du navire.


Et puis tous ces navires disparus sans laisser la moindre trace : le Copenhague, entre Buenos Aires et Melbourne, le Lake Ontario, entre Liverpool et Wellington, le Lightning, parfois considéré comme le bateau de commerce à voile le plus rapide que l’on ait jamais vu, disparu corps et biens entre le Cap et le Cap Leeuwin, l’Orion, le Lindley, le Moly Starck … la liste est sans fin.


Si les Districts rendent hommage aux hivernants disparus (et il y en a eus), il est curieux de constater qu’aucune plaque ne vient commémorer le souvenir de ceux disparus en mer dans les parages. Chaque District a sa chapelle, ses ex-voto, ses fleurs, mais rien sur ces victimes de la mer cruelle. Pas un Pater noster, un Gure Aita ou encore un Dio vi salvi Regina ou toute autre forme de prière. C’est dommage.


 

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Aujourd’hui encore, l’Océan Indien passe pour un océan difficile. Nous sommes assez régulièrement mis en alerte sur des bateaux – en général des voiliers – disparus dans la zone. La force des divers courants, l’absence d’obstacles en font une zone particulièrement redoutée. Le courant des aiguilles par exemple, descendant de l’Océan Indien vient ainsi percuter le flux de l’Océan Austral sous l’Afrique du Sud. Il n’est qu’à se demander pourquoi on baptise un cap « de Bonne Espérance ». On ne sait jamais ce que l'on va trouver … Les vagues scélérates sont régulièrement observées ici, avec des hauteurs atteignant les 18 mètres (un immeuble de six étages qui vous tombe dessus). Le relèvement rapide du plancher sous-marin, des abysses à une profondeur de 150/200 mètres pourrait faciliter le phénomène … le golfe de Gascogne a ce profil … comme les abords d’Amsterdam, deux zones de naufrage.

 

La mer est un livre dont on ne maîtrise pas l'histoire.

 

LMGB

 

photos : le Megaera, cimetière (soyons honnête, la photo n'a pas été prise ici, mais à Rodrigue, nous n'en avons pas ici), vague scélérate prise dans le golfe de Gascogne en 1941

Publié dans HISTOIRE

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ray manta, de Bloc18 29/03/2012 18:36

"La mer est un livre dont on ne maîtrise pas l'histoire", et les vagues en sont les pages.